Le cirque contemporain

Dans le bouillonnement culturel des années 1970, des artistes, voulant rompre avec les valeurs esthétiques établies, partent à la conquête d'espaces neufs et de nouveaux publics. Venus de la rue, de la danse ou du théâtre, ils réemploient les usages du cirque forain, et les théâtralisent souvent hors du cercle. Le cirque contemporain se démarque du cirque classique, devenu au fil du temps un genre canonique regroupant un ensemble de codes esthétiques stricts. Le spectacle de cirque classique possède une logique très standardisée de collage de numéros variés, sans rapport les uns avec les autres, avec la présence obligatoire d'éléments fondamentaux (entrée clownesque, un numéro équestre, le dressage de fauves…). La scène est la piste qui se trouve au centre du chapiteau, et les animaux sont très présents. Les artistes sont spécialistes d'une technique, ou d'un engin. L'émotion naît de l'exploit, de la prouesse ou du danger. Les couleurs, les odeurs, la musique, les applaudissements sont également très standardisés. Le " nouveau cirque ", ou cirque contemporain, a systématiquement battu en brèche tous ces codes. La scène n'est pas forcément la piste ronde, et l'on peut même inventer des dispositifs scéniques originaux. Il y a peu ou pas d'animaux. Le spectacle fait appel à un scénario, où l'on met en scène une histoire. La polyvalence des artistes est mise au service de ce scénario. L'émotion est souvent visuelle, subtile, naissant du jeu, de la chorégraphie. Le spectacle développe une unité et relie théâtre, cirque et danse (fusion des arts). Il n'y a plus de fondamentaux, et il est même possible de construire un spectacle autour d'une seule technique, ou de deux. Chaque compagnie tente de construire un univers singulier en mettant en cohérence des options plastiques, sonores, acrobatiques, chorégraphiques et théâtrales. Les techniques de cirque sont souvent utilisées comme " éléments de langage ", propres à signifier autre chose qu'elles-mêmes. L'artiste ne présente pas un numéro, il représente.
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Le nouveau cirque, apparu au milieu des années 70, a systématiquement battu en brèche tous ces codes un par un, mais pas forcément simultanément, ni conjointement : l'unité élémentaire n'est plus nécessairement le numéro mais un format plus petit, le geste. La combinaison des gestes donne des " tableaux ", qui n'ont aucune durée standard. La succession, de gestes et de tableaux, n'est plus le seul principe constructif : plusieurs tableaux peuvent avoir lieu simultanément, ce qui rend essentielle la notion de focalisation. Ceci est très net dans les créations du Cirque baroque ou des Oiseaux fous. Certains tableaux peuvent être mis sur le même plan, d'autres rester en arrière plan. Parfois, le spectateur, mis dans l'impossibilité de tout voir, est contraint de choisir son point de vue. Un exemple paradigmatique serait Et après on verra bien… de la compagnie Anomalie. Les tableaux peuvent être liés suivant divers principes, comme celui du récit, (c'est le cas de presque toutes les créations du Cirque baroque et de In Vitro, la légende des clones, la dernière création d'Archaos, ou de Nuit gitanede la Famille Morallès, ou plus probant encore, de Pas touche terre de la compagnie Vent d'autan, qui raconte une histoire d'amour) ou celui de la trame poétique (c'est le cas de presque tous les spectacles du cirque Plume) et différents procédés (le " tuilage " qui fait commencer un tableau avant l'achèvement du précédent, le couperet, qui interrompt un tableau comme prématurément, la préfiguration, qui installe au cœur d'un tableau des signes avant-coureurs qui seront développés dans un tableau ultérieur). D'une certaine manière, la composition de cirque s'apparente à la fois à la musique et au théâtre, j'y reviendrai. L'enchaînement des gestes n'est plus " babélien ". La virtuosité se présente comme une fonction dramatique parmi d'autres. L'applaudissement est rarement sollicité, la mise en scène tentant parfois même de l'interdire. Les artistes peuvent incarner des personnages : il peut s'agir de simples silhouettes qui demeurent égales à elles-mêmes durant toute la représentation, et auxquelles n'arrive nulle histoire, comme de véritables personnages de théâtre qui sont affectés par le déroulement de l'action, par le jeu des autres protagonistes.

La piste n'est plus la configuration naturelle. Le cirque non seulement peut investir d'autres espaces conventionnels de représentation (les scènes de théâtre) mais aussi inventer des dispositifs scéniques originaux (comme le tunnel de Métal Clown du cirque Archaos), les spectateurs étant installés de part et d'autre d'une route asphaltée. Les chapiteaux sont parfois conçus comme des éléments scénographiques en soi et non comme de simples " abris " : immense bulle " soucoupe volante " des Arts Sauts, volière orientalisante de Dromesko, " bonbonnière " en bois des Colporteurs...

Il n'y a évidemment plus de " fondamentaux ". Un spectacle peut être construit autour d'une seule technique (par exemple le jonglage, l'art clownesque) ou de deux. La danse, le texte peuvent être ouvertement convoqués. Les numéros animaliers sont rares ou inexistants. Souvent, quand il y a des animaux, ils ne font " rien ", si ce n'est rappeler leur indépassable animalité, comme le dromadaire de la compagnie Foraine. Mais ils peuvent aussi, comme chez Zingaro ou le théâtre du Centaure, être mis au service d'un propos théâtral qui n'a rien à voir avec l'exhibition animalière.

Les émotions recherchées par le nouveau cirque sont subtiles. Différentes formes d'humour (du burlesque au grotesque en passant par l'absurde) sont mises à l'honneur, l'émerveillement fasciné fait place à l'impression de " poésie " (et il en est de mille sortes), la peur est rarement magnifiée. Au danger de mort, l'artiste de cirque contemporain substitut le risque de l'engagement.

Mais, c'est la diversité des esthétiques qui distingue le plus le nouveau cirque. Chaque compagnie tente de construire une atmosphère singulière, un univers, en mettant en cohérence les options plastiques et sonores, acrobatiques, chorégraphiques et théâtrales. Les techniques de cirque sont souvent utilisées comme " éléments de langage " propres à signifier, par métaphore, autre chose qu'elles-mêmes : la projection d'un acrobate à la bascule peut symboliser l'envol mystique, la flèche meurtrière, etc. L'artiste ne présente pas un numéro, il représente. Le cirque peut donc aborder des thèmes variés : la guerre, l'amour, la religion, l'incommunicabilité...
Eduscol :  http://eduscol.education.fr/cid46019/les-langages-du-cirque-contemporain.html

 

Le cirque contemporain est un type de spectacle de cirque dans lequel plusieurs genres artistiques sont combinés et où il s'agit moins de présenter des numéros incroyables que de représenter des réalisations artistiques poussées. À l'inverse du cirque traditionnel où le divertissement et le spectaculaire priment, le cirque contemporain cherche davantage à faire sens et présente un propos, une vision artistique personnelle à chaque artiste. La volonté n'est plus de juxtaposer plusieurs numéros sans lien logique ou dramaturgique entre eux, mais au contraire de développer un spectacle complet, qui fait sens, dans lequel la notion même de numéro tend à disparaître.

L'une des caractéristiques majeures du cirque contemporain est, comme le prouvent la majorité des créations actuelles, de ne se concentrer plus que sur une seule discipline (par exemple la jonglerie, le trapèze etc.), et d'en faire un spectacle complet. Ainsi, les spectacles pluridisciplinaires où plusieurs spécialités sont présentées  tendent à devenir minoritaires et, pour reprendre l'expression de Jean-Michel Guy et de Julien Rosemberg employée dans leur DVD "Le Nuancier du Cirque", cette émancipation fait que nous passons du cirque aux arts du cirque.